Marc 7,1-23 et Matthieu 15,1-20
Affirmation répandue :
« Jésus [Yéshoua] ayant purifié tous les aliments, les lois diététiques que D.ieu a prescrites dans la Bible Hébraïque/ « Ancien Testament » sont aujourd’hui obsolètes.
Ces propos ne sont pas les nôtres, mais ceux de beaucoup de chrétiens qui pensent encore que l’on peut aujourd’hui manger du porc ou quelque autre animal considéré impur sous le régime de la loi Mosaïque sans
« S’enquérir de rien par motif de conscience ». Marc 7 :19 , disent-ils, est explicite :
« Ne comprenez-vous pas que rien [de ce qui vient] de l’extérieur, [et] qui pénètre dans l’homme, ne peut le souiller, puisque cela pénètre, non pas dans [son] cœur, mais dans [ses] intestins, puis s’en va dans la fosse d’aisance ? Ainsi, il [Yéshoua] déclarait purs tous les aliments »
(Marc 7 :18-19, Source : (Témoins de Jéhovah)
Mais il n’en est rien.
Pour le comprendre, il serait tout d’abord nécessaire de signaler que les mots « il déclarait » ne figurent pas dans les textes sources. Les autres traductions de l’évangile de Marc disent plutôt :
« Car cela n’entre pas dans son coeur, mais dans son ventre, puis s’en va dans les lieux secrets, qui purifient tous les aliments » (V. Louis Segond voir aussi les versions de Darby et Martin.)
Notons que l’on parle ici d’ « aliments ». De même que dans la société moderne, personne ne qualifiera le plastique d’«aliment», pour les juifs de l’époque, seuls les choses que la Torah permettait à la consommation, [ce qui n’est pas le cas du porc], étaient considérées comme des «aliments».
D’autant plus que le contexte du passage étant relatif au lavement rituel des mains avant de manger (Netilat Yadayim) à lire dans le verset du livre de l’évangile de (Matthieu 15 :1-5, et Marc 7 :1-2), il serait tout à fait inadéquat d’y voir une allusion à l’abolition des prescriptions relative au casher [ce qui est conforme] à la Torah.
Le chapitre 15 de l’évangile de Matthieu qui rapporte le même récit est d’autant plus précis :
« N’entendez-vous pas encore que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, et passe ensuite dans le lieu secret ? Mais les choses qui sortent de la bouche viennent du coeur, et ces choses-là souillent l’homme.
Car c’est du cœur que naissent/viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures : ce sont ces choses qui souillent l’homme ; mais de manger avec des mains non lavées ne souille pas l’homme » (Matthieu 15:15-20)
Yéshoua n’a donc fait que répondre aux pharisiens ses frères très proches de lui, sur le fait que de manger des « aliments », autrement dit de la nourriture casher [= conforme à la Halakha] , avec des mains non lavées ne souille personne et non que les règles de la Torah [Vayikra ou Lévitique 11) sont obsolètes.
Mais que voulait-il dire par : « rien [de ce qui vient] de l’extérieur, [et] qui pénètre dans l’homme, ne peut le souiller » ?
Voici comment Rashi le très grand commentateur de la Torah, explique la distinction entre les animaux purs et impurs exposée dans Lévitique chapitre 11 :
« Et ceci est pour vous ce qui est impur : Toutes les affirmations ne concernent pas l’interdiction de manger, mais sont des impuretés véritables, qui rendent impur « par contact » empêchent ainsi de consommer la térouma et les offrandes, et d’entrer dans le sanctuaire »
וזה לכם הטמא: כל טומאות הללו אינן לאיסור אכילה אלא לטומאה ממש, להיות טמא במגען ונאסר לאכול תרומה וקדשים וליכנס במקדש
(Rashi sur le lévitique 11 :29)
En d’autres mots, une personne ne contracte l’impureté rituelle qu’en touchant la carcasse d’un animal impur et pas en la mangeant. Le fait d’en manger, même si c’est interdit, ne rend personne rituellement impur. Certes, quand on mange, on touche, mais l’impureté, dans ce cas, est dû au fait d’avoir touché l’animal impur et non à l’absorption de sa chair. Apparemment, le contact de la matière impure avec le système digestif, contrairement aux parties externes du corps, ne peut rendre une personne rituellement impure.
De ce fait, si par exemple, du porc a été inséré dans la bouche d’une personne sans qu’elle l’ait touché, cette personne n’est pas considérée impure par la loi rabbinique. C’est ce qu’explique Rashi dans un autre endroit :
Et celui qui mange de sa charogne J’aurais pu penser qu’en manger rend impur. Mais lorsqu’il est écrit à propos du cadavre d’un oiseau pur : « Une charogne ou un animal déchiré, il ne les mangera pas pour s’en rendre impur » (infra 22, 8), c’est donc celle-ci qui rend les vêtements impurs par la consommation, mais la charogne d’un animal ne rend pas les vêtements impurs par la consommation sans qu’il y ait « transport », comme par exemple lorsqu’on en fait avaler une à quelqu’un en l’enfonçant dans la gorge. Dans ce cas, que veut dire : « et celui qui mange » ? Cela sert à fixer la mesure pour celui qui « transporte » ou qui « touche », qui est celle de la consommation, à savoir le volume d’une olive (Traité Nidda 42b).
והאכל מנבלתה: יכול תטמאנו אכילתו, כשהוא אומר בנבלת עוף טהור נבלה וטרפה לא יאכל לטמאה בה, אותה מטמאה בגדים באכילתה, ואין נבלת בהמה מטמאה בגדים באכילתה בלא משא, כגון אם תחבה לו חבירו בבית הבליעה, אם כן מה תלמוד לומר האוכל, ליתן שיעור לנושא ולנוגע כדי אכילה והוא כזית:
(Rashi sur le lévitique 11 :40)
Commentaire Messianique :
Yéshoua n’a donc pas enseigné quelque chose que les pharisiens ne savaient pas déjà lorsqu’ il dit que « rien [de ce qui vient] de l’extérieur, [et] qui pénètre dans l’homme, ne peut le souiller ». Il est vrai que la loi rabbinique dit aussi qu’une personne peut contracter une impureté spirituelle en mangeant des animaux impurs. Cependant, ce n’est pas littéralement la matière « impure » qui souille spirituellement la personne, mais la rebéllion contre D.ieu et le rejet de son autorité par la transgression consciente et volontaire du commandement divin [Mitzva]qui prescrit de s’en abstenir.
Beaucoup voient également dans cet épisode le rejet de la tradition rabbinique par Yéshoua. La question que les pharisiens lui posèrent –
« Pourquoi tes Disciples [Talmidim] transgressent-ils la tradition des Anciens ? Car ils ne lavent point leurs mains quand ils prennent leur repas » (Matthieu 15:2) – laisse entrevoir cependant que contrairement à ses disciples, Yéshoua s’est conformé à la tradition des Anciens puisque ses agissement ne font l’objet d’aucune critique.
Marc est plus précis en rapportant que seulement « quelques-uns de ses disciples prirent leurs repas avec des mains impures, c’est-à-dire, non lavées » (Marc 7 :2). Il est à rappeler qu’à l’époque de Yéshoua, cette pratique n’a pas encore été rendue obligatoire pour tout le peuple :
« L’ablution avant de manger est facultative, l’ablution après le repas est obligatoire »
מים ראשונים רשות אחרונים חובה
(Tossefta Bérakhoth 7 :14)
Selon le Tamud, il aura fallu attendre la deuxième moitié du premier siècle pour que la tradition du lavage des mains avant de manger soit acceptée universellement dans le judaïsme rabbinique (Talmud de Babylone Shabbath 14b – 15a). Même si elle n’était pas observée par tous les juifs du commun du peuple, le lavage rituel des mains avant de manger semble avoir été la norme parmi les rabbins et leurs disciples, qui, comme en atteste la Tossefta, prenaient leurs repas dans un état de pureté rituelle שיהא אוכל חולין בטהרה (Tossefta Démai 2 :2). Selon Rabbi Ovadia de Bartenoura dans son commentaire sur la Mishnah Hagigah ii.7, « les perushim (pharisiens) sont ceux qui mangent leur nourriture ordinaire dans un état de pureté rituelle » פרושים – לאוכלי חוליהם בטהרת חולין.
C’est également ce que dit le Rambam : « les pérushim sont ceux qui mangent de la nourriture ordinaire dans un état de pureté rituelle » פרושים הם אוכלי חולין בטהרה (commentaire sur la Mishnah Hagigah ii. 7). Comme en atteste l’évangile de Marc, Yéshoua et la plupart de ses disciples étaient de ceux qui observaient cette tradition pharisienne qui, d’ailleurs, est mentionnée dans l’épître de Jacques :
(Yacov/Jacques 4 :8)
« Approchez-vous de D.ieu, et il s’approchera de vous; fauteurs/pécheurs, nettoyez vos mains; et vous qui êtes doubles de cœur, purifiez vos cœurs »
Ce verset résume bien le message de Yéshoua en Matthieu 15 : 1-15 et Marc 7 :1-7 qui enseigne que la pureté rituelle doit s’accompagner de la pureté du cœur. Les Esséniens, qui étaient plus strictes, ne prenaient aucun repas sans s’être lavé tout le corps (Flavius Josèphe, Antiquités Juives II : 8 :5). C’est ce que confirment en ces termes les manuscrits de la mer morte :
« Ils (les gens extérieurs à la communauté) n’iront pas dans les eaux pour partager les aliments purs des hommes de sainteté, car nul n’est purifié que s’il se repent de sa méchanceté, car tous ceux qui transgressent sa parole sont impurs »
אל יבוא במים לגעת בטהרת אנשי הקודש כיא לוא יטהרו כי אם שבו מרעתם כיא טמא בכול עוברי דברו
(Règle de la communauté 5 :13-14)
Contrairement aux Esséniens, Yéshoua ne se lavait cependant que les mains, conformément à la « tradition des Anciens/Sages d’Israël ».
A ce stade, il serait nécessaire d’éclaircir le sens de Luc 11, 37-38 :
« Pendant que Jésus parlait, un pharisien le pria de dîner chez lui. Il entra, et se mit à table. Le pharisien vit avec étonnement qu’il ne s’était pas lavé avant le repas »
Pour certains, ceci est la preuve du rejet de la tradition pharisienne du lavement des mains par Yéshoua. Cependant, nous lisons dans la suite :
« Mais le Seigneur lui dit: Vous, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et à l’intérieur vous êtes pleins de rapine et de méchanceté. Insensés ! celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? » (Luc 11:39-40 )
Pourquoi parler du lavage de la coupe alors qu’il est question du lavage des mains ?
Le Talmud nous apprend que les pharisiens eux-mêmes étaient divisés quant à la question de quoi laver en premier. Pour Shammaï, qui était d’avis qu’une coupe dont l’extérieur était sale rendait impure le liquide qu’elle contenait, c’était l’extérieur qu’il fallait nettoyer premièrement.
Tandis que pour Hillel, qui pensait que l’état extérieur de la coupe n’était d’aucune conséquence sur la pureté du liquide qui s’y trouve, c’était l’intérieur qu’il fallait laver en premier (Talmud de Babylone, Bérakhot 52a-b). Ce désaccord avait des conséquences pratiques.
La Mishnah (Bérakhot 8 :2) nous apprend les pharisiens de Shammaï étaient d’avis que pour ne pas rendre le vin impur, il fallait nettoyer ses mains avant de toucher la coupe et verser le vin.
Pour les pharisiens de la voie Halakhique de Hillel, qui pensaient que la saleté externe de la coupe ne souillait pas le vin qui s’y trouvait, il fallait d’abord verser le vin avant de se laver les mains.
L’on comprend ainsi que Yéshoua, qui s’est conformé à la pratique du Rav Hillel, s’est bien lavé les mains, mais seulement durant le repas, et après que le vin a été servi.
Son hôte, qui était de ceux qui se lavaient les mains avant de servir le vin, donc « avant le repas », suivait l’interprétation Shammaïenne. La controverse ne portant pas sur la validité de la tradition du lavage des mains, mais sur le débat qui opposait Hillel et Shammaï, l’on comprend mieux pourquoi il est fait mention par la suite du lavage de la coupe qui, à première vue, semblait totalement être étrangère au contexte.
Lorsque Yéshoua condamne dans le reste du chapitre 7 de Marc et du chapitre 15 de Matthieu les « traditions d’hommes », il ne s’agit pas, comme on l’entend dans beaucoup de milieux chrétiens, de la Torah orale ou de la tradition rabbinique. Pour savoir de quoi il est question, il faut revenir à ce que dit le texte :
« Yéshoua leur répondit : Hypocrites [IL s’agissait d’un groupe ciblé par Yéshoua qui était un groupe connu et identifié au 1er siècle, soit en fait, un sous- groupe parmi les pharisiens (et donc pas tous), Esaïe a bien prophétisé sur vous [Les Hypocrites], ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, Mais son coeur est éloigné de moi.
C’est en vain qu’ils m’honorent, En donnant des préceptes qui sont des commandements d’hommes. Vous abandonnez le commandement de D.ieu, et vous observez la tradition des hommes. Il leur dit encore : Vous anéantissez fort bien le commandement [Mitzva] de D.ieu, pour garder votre tradition.
Car Moshé (Moïse) a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est Korban, c’est-à-dire, une offrande à D.ieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de D.ieu par votre tradition, que vous avez établie.
Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables » (Marc 7 :6-9, v. Louis Segond = Matthieu 15 :3-9)
Nous lisons cependant dans l’une des versions Araméennes de Marc :
« Et Yéshoua leur dit: Esaïe a bien prophétisé sur vous, comme c’est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. Et c’est en vain qu’ils me craignent, en enseignant des commandements d’hommes. Vous abandonnez bien le commandement d’Eloha (D.ieu) pour établir vos propres commandements. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère et : celui qui maudira son père ou sa mère mourra. Et vous vous dites que si (quelqu’un) dit à son père ou sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est Korban, vous ne le laissez pas honorez son père ou sa mère, et vous rejetez la parole de D.ieu pour votre commandement. Et vous faites d’autres choses semblables. »
אמר להון ישוע שפיר אתנבי עליכון אשעיא נביא איכנא דכתיב דאמר הוא דעמא הנא בספותה מיקר לי בלבה דין רחיק מני סריקאית דין דחלין לי דמלפין יולפנא דפּוקדנא דבני אנשא שפּיר עבדין אנתון דשבקין אנתון פוקדנא דאלהא דתקימון פּוקדניכון מושא גיר אמר דיקר אבוך ואמך ומן דמשחא לאבוהי ולאמה ממת נמות אנתון דין אמרין אנתון דאן נאמר לאבוהי ולאמה קורבן דתתהנא מני ולא שבקין אנתון לה דניקר לאבוהי או לאמה ומסלין אנתון מלתא דאלהא מטל פוקדניכון וסגיאתא איך הלין עבדין אנתון
(Marc 7 :6-9, syriaque sinaïtique)
Contrairement à ce que l’on peut lire dans le texte grec, dans cette version araméenne, Yéshoua ne traite personne d’ « hypocrite ». De plus, il n’est pas précisé ici, comme dans certains textes grecs, que les « traditions d’hommes » qui annulent la parole de Dieu sont les ablutions qu’effectuent les Juifs. Le texte syriaque ne parle même pas de « tradition », mais plutôt de « commandements ».
Il en est de même dans les versions syriaques (curétonien et sinaïtique) du parallèle matthéen où Yéshoua ne dit pas « vos traditions », mais « vos commandements ». Un manuscrit hébreu de Matthieu (Jean Du Tillet) contient également, au lieu de « tradition », le terme « décret » גזרה.
Quoi qu’il en soit, les textes disent que ce que Yéshoua condamne ne sont pas les prescriptions rabbiniques comme le lavement des mains, qu’il a lui-même observé,mais le fait de prétendre ne plus pouvoir intervenir après qu’un homme ait fait le vœu de consacrer la totalité de ses biens à D.ieu afin d’éviter d’honorer ses parents, c’est-à-dire de les assister matériellement (Marc 7:10-13, Matthieu 15:4-9).
Le Talmud de Jérusalem enseigne cependant en harmonie avec les évangiles :
« Qu’en est-il si un fils [prête serment] en ces mots : « toute assistance financière venant de moi est interdite à mon père », Rabbi Ya’aqov bar Aḥa et Rabbi Shmouel bar Nahman dirent au nom de Rabbi Yonatan: nous obligeons le fils à assister le père »
מה אנן קיימין אם באומ’ הנייתי על אבא הדא היא דמר רבי יעקב בר אחא רבי שמואל בר נחמן בשם ר’ יונתן כופין את הבן שיזון את האב
(Talmud de Jérusalem Nédarim 29b)
Pour reprendre l’explication fournie par l’encyclopédie juive : « Le terme Korban était fréquemment utilisé dans les vœux. En disant, « que ma propriété soit Korban » – c’est-à-dire un don consacré à D.ieu, soit un don pour s’approcher de lui – Un homme pouvait empêcher un autre de tirer bénéfice de ce qu’il possédait (Néd. i.4). Ceci, bien entendu, a conduit à d’importants abus comme à vrai dire tout vœu inconsidéré et, ainsi, les sages y étaient fermement opposés (voir Ecc. v.1-5).
Yéshoua/Jésus s’est référé à ce genre de vœu lorsqu’il dit : « Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est Korban, c’est-à-dire, une offrande de rapprochement à D.ieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de D.ieu par votre tradition » (Grec).
Mais la charge de l’hypocrisie et du service des lèvres, dirigés à ce sujet contre les Pharisiens est entièrement infondée ; puisque la tradition pharisienne a en réalité fourni un remède contre les vœux inconsidérés en habilitant tout sage consulté de dissoudre le vœu dans le cas où il est démontré que le vœu n’a pas été fait en prenant pleinement toutes ses conséquences en considération ; le pouvoir même de « lier et délier » étant déclaré être le privilège des Rabbins , [pouvoir] dérivé de l’esprit de la loi tout en étant apparemment contraire à la lettre (« hetter nedarim » ; Hag. i.8). Il est déclaré expressément par Rabbi Eliezer que si un vœu contrevient à l’honneur dû au père ou à la mère, la bonne procédure est de convaincre celui qui a fait le vœu qu’il n’a pas suffisamment considéré les conséquences, et ensuite de dissoudre le vœu ; d’autres, cependant, s’y opposaient en soutenant que l’honneur de D.ieu doit être considéré en premier (Ned. ix.1).
Contre cela, Rabbi Méïr déclare (Ned. ix.4) qu’à chaque fois qu’un vœu enfreint les lois de l’humanité, le vœu doit être dissolu par le sage.
Ainsi, le code mishnique montre que le cas cité par le « Nouveau Testament » est, au lieu d’un reproche à l’encontre du pharisianisme, comme le prétend Hendrik Oort [1836-1927] dans le “Theol. Tijdschrift,” xxxviii, la défense de l’esprit compatissant prévalant parmi les rabbins ; Yéshoua ayant probablement eu seulement la classe rigoureuse des enseignants à l’esprit tandis qu’il partageait avec d’autres ses points de vue compatissants » (« Korban » Jewish encyclopedia)
Yéshoua, en condamnant les pratiques qui annulent la parole de D.ieu, n’a ainsi pas critiqué tout [toute l’entièreté] du rabbinisme, puisqu’il était d’accord avec les rabbins modérés (voir de Hillel), mais uniquement les interprétations de certains groupes de l’époque.
Notons que l’expression « vous annulez la parole de D.ieu par votre tradition, que vous avez établie », ou plutôt « vous abandonnez le commandement [La Mitzva] de D.ieu pour établir vos propres commandements » (version syriaque) se retrouve dans le Talmud de Babylone qui enseigne que Jérusalem n’a été détruite que « parce qu’ils ont établis leurs propres lois au-dessus des lois de la Torah » העמידודינהםעלדיןתורה (Traité Baba métsia 30b).
Note finale :
Yéshoua se conformait à la loi Mosaïque tout en ayant évolué au sein même du courant du judaïsme pharisien, dont celui du Rav/rabbin Hillel, qui était plus souple dans son approche relative à la pratique du commandement, par rapport à celle de son contemporain le Rav/rabbin Shammaï.
Ces deux écoles de pensée en vu s’établir des centres détude de la Torah [Yéshivot] faisaient qui autorité à l’époque de Yéshoua, soit au 1er siècle de l’ère courante. A avoir, que c’est la pensée du Rabbin Hillel qui a remporté la plupart des marlokèt [discussions/argumentations] processus décisionnaire très courant au sein du Judaïsme). La voie d’Hillel moins rigide sur les aspects de la mise en pratique) et celle qui a été retenue (tranchée dans la décision finale).
Yéshoua évoluait tous les jours dans le milieu juif de son époque. Il était juif. Très proche de ses frères les pharisiens dont étaient issus les deux écoles principales de pensée et de ce fait, il s’inscrivait dans la lignée du rav Hillel Hazaken. Yéshoua n’a en rien renié les mitzvot (pratique des commandements de la Torah) mais il mettait en garde contre une pratique dont le cœur était en totale opposition (dualité intérieure).
Last modified: 11 février 2026